Un lieu d'histoire

 

Vierge noire

La légende Notre-Dame de Lorette

Pourquoi un hôpital en pleine campagne ?

Les frères hospitaliers Saint Jean de Dieu

Comment fonctionnait l'hôpital ?

Une problématique très contemporaine

Histoire d'un abandon

Histoire d'une renaissance

Vierge Noire 
Gravure Vierge de Loreto
Une légende rapporte qu'au Moyen-âge, un paysan qui labourait son champ vit tout à coup ses boeufs s'agenouiller et refuser d'avancer. Saisi d'étonnement, il aperçut au fond du sillon une statue de la vierge. Les voisins prévinrent aussitôt le clergé et les habitants des environs qui se rendirent en procession sur les lieux, et recueillirent la statue que l'on baptisa du nom de "Vierge Noire". La communauté d'Alan acheta bientôt le terrain pour y faire construire une Montjoie, petite construction destinée à exposer la vierge noire et recueillir des offrandes. Elle devint vite l'objet de dévotions et de pèlerinages,  procurant de nombreuses offrandes qui permirent vers 1140 d'édifier une chapelle. Deux siècles plus tard on la nomma « Notre-Dame de Lorette ».
 
La légende de Notre-Dame de Lorette 

Basilique de Loreto

Nous voici en Italie dans le village de Loreto. La légende raconte que pour protéger la maison de la vierge Marie des envahisseurs, les anges l'avaient transportée dans les airs et déposée près d'Ancône dans un bois de lauriers. D'où le nom de Lorette : laurier.

Saint Christophe est bien le patron des transporteurs, mais Notre-Dame de Lorette est la patronne des aviateurs.

 

Vierge Noire

Revenons sur terre : au XIIIè siècle, une riche famille italienne nommée ANGELIS, possédait d'importants domaines en Palestine dont la Santa Casa, maison de la vierge Marie. Pour la protéger de l'invasion des Turcs, ils la firent démonter à Nazareth pierre par pierre,  puis remonter dans leur terre d'Ancône à Loreto. La Santa Casa fait l'objet de nombreux pèlerinages aujourd'hui dans le village de Loreto.

 

Pourquoi un hôpital en pleine campagne ?

Aujourd'hui l' hôpital de Lorette paraît bien isolé en pleine nature. S'agissait-il de mettre à l'écart les malades de la peste

Olivier de Lubières

Blason de l'évêque fondateur

ou de protéger les populations de maladies contagieuses ? C'est tout le contraire !

L'hôpital de la Charité Notre-Dame de Lorette a été fondé en 1734 par Gabriel Olivier de Lubières du Bouchet, évêque de Saint Bertrand de Comminges. Dans le projet fondateur, il est bien spécifié que doivent y être soignés et secourus les malades pauvres des localités avoisinantes, les mendiants, les vagabonds, exempts de maladies contagieuses. A l'époque plus de 80% de la population française habite la campagne, sans moyens de transports, les plateaux techniques de la médecine et de la chirurgie sont inexistants. C'est dans ce contexte qu'une ordonnance royale du 12 septembre 1724 avait prescrit la création de petits hôpitaux en milieu rural pour soigner les populations au plus près de là où elles  habitaient.

L'hôpital Notre-Dame de Lorette peut être considéré comme l'un des vétérans de la première politique hospitalière française.

 

Les frères hospitaliers Saint Jean de Dieu

Originaire de Grenade en Espagne, Jean de Dieu (1495-1550) consacre sa vie à l'accueil et au soin des malades, après avoir été lui-même interné et malmené en hôpital psychiatrique. En créant pour la première fois dans l'histoire de la médecine des unités hospitalières en fonction des pathologies, il est l'initiateur de l'hôpital moderne. Mais c'est aussi la dimension sociale de l'hospitalité qui caractérise son engagement, puis inspire l'ordre religieux des frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu. Il va lui-même chercher dans les rues de Grenade les sans logis trop misérables pour être accueillis dans les autres hôpitaux.

jean
St Jean de Dieu

 

carte

Carte des Etablissements

des frêres St Jean de Dieu

 

L'ordre de Saint Jean de Dieu se développe d'abord en Espagne et en Italie où il compte 236 hôpitaux en 1650, puis essaime un peu partout dans le monde. En France à la veille de la révolution, il compte 27 asiles et hôpitaux dont Notre-Dame de Lorette à Alan, et 40 établissements de santé. Souvent chirurgiens, accordant une large place aux soins par les plantes et aux bienfaits de la musique dans le processus de guérison, leur qualification plutôt exceptionnelle au XVIIIè siècle, est reconnue et respectée au-delà du cercle médical. Voltaire leur a même épargné ses habituels sarcasmes en les qualifiant de « seuls moines utiles ».

 

 

Comment fonctionnait l'hôpital ?

infirmerie

Gravure de la salle de l'hôpital de la Charité

 

C'est donc tout naturellement aux frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu de la Charité que l'évêque fondateur confie la responsabilité de l'hôpital Notre-Dame de Lorette. Ils sont au nombre de 5, dont un prieur, un infirmier, un apothicaire, un dépensier, chirurgiens de formation assistés de 5 domestiques.

Seuls les malades hommes sont admis dans l'hôpital, les femmes n'y étant acceptées qu'après la révolution lorsque la commune d'Alan en devient propriétaire. Combien de malades ? Probablement autour d'une trentaine, mais ce chiffre incertain masque une grande part de la réalité. Les médecins de Lorette se déplacent quatre lieues à la ronde pour soigner à domicile.  
Gravure d'une salle d'hôpital

Les mendiants  vagabonds viennent y chercher des repas qui leur sont distribués au travers d'une trappe du portail d'entrée. Enfin les convalescents sont embauchés aux travaux de la ferme pour payer leur séjour de soins en même temps que pour parfaire leur guérison. Cela fait au total beaucoup de monde pour un hôpital dont le « secteur » s'étend sur 40 communes.

 
Deux rangées de lits alignés sur les côtés d'une grande salle commune, une large porte communicant avec la chapelle : c'est la configuration traditionnelle des hôpitaux de l'époque, telle qu'elle existe aux hospices de Beaune, à l'Hôtel-dieu de Toulouse ou dans nombre d'autres hôpitaux.

Salle de l'hôpital des Hospices de Beaune

On ouvre grand la porte, cela permet aux malades d'assister à la messe de leur lit lorsqu'ils ne peuvent pas se lever. A chaque lit est affecté un bassin à cracher, une tasse, une cuillère, une écuelle, un petit plat, le tout en étain.

 

Salle de l'hôpital des Hospices de Beaune

 

Une problématique très contemporaine

 

Monseigneur Olivier Gabriel de Lubières du Bouchet... enfant de Don Quichotte ? Fondé par acte notarial en date du 10 novembre 1734 « pour les pauvres malades qui souffrent » par le « seigneur évêque pénétré du triste état de ces pauvres malheureux et ému de compassion sur leur misère », l'hôpital Notre-Dame de Lorette est une réponse compassionnelle de l'époque à la détresse sociale.

 

 

Hébergement provisoire des Enfants de Don Quichotte

 

Remplacez les mots mendier par faire la manche, vagabond par SDF, pauvre par Rmiste, soins aux miséreux par service des urgences, assistance par SAMU social, hospitalité par médicalisation  de l'exclusion sociale,  charité par bénévolat, bienfaisance par CMU, bonnes oeuvres par ONG. Les mots ont changé, l'exclusion et la misère sociale sont restées.

 

Le changement des mots traduit surtout une évolution dans l'approche de la misère sociale : au registre de la compassion pour les pauvres du XVIIIè siècle, se substitue aujourd'hui la revendication légitime des droits pour les déshérités.

 

Histoire d'un abandon  

Notre Dame de Lorette vers 1900

 

Comme la plupart des petits hôpitaux ruraux, Notre-Dame de Lorette est progressivement devenu un hospice pour vieillards au cours du XIXè siècle. Il reçoit cependant des blessés de la guerre de 14-18 qui sont les derniers malades soignés avant la fermeture de l'hôpital en 1925. Une villageoise d'Alan se souvient que l'instituteur avait emmené toute sa classe « voir des noirs » en convalescence à l'hôpital.

Pendant la guerre de 39-45 il honore sa tradition d'hospitalité, en hébergeant des réfugiés alsaciens ainsi que quelques enfants de familles juives toulousaines et de résistants recherchés par la Gestapo.Depuis le début du siècle les bâtiments manquaient d'entretien. Au sortir de la guerre en 1945, ils se trouvent déjà très détériorés, du fait notamment de toitures en bien mauvais état.

Le bâtiment ouvert à tous vents, envahi par la végétation, est alors livré à l'abandon et au pillage.

Notre Dame de Lorette en 1985

 

 

Histoire d'une renaissance 

Lorsque Christophe FERRY, artisan ébéniste, rachète les bâtiments en 1985, certaines parties sont déjà écroulées, et il faut d'urgence entreprendre d'importants travaux pour stopper la démolition. Les murs fragilisés sont réparés, les charpentes menaçant de s'écrouler sont démontées.

La grande salle en 2002

Vient ensuite le chantier au long cours qui se déroule sur 20 ans : changement d'une grande partie des charpentes dont 20 poutres de 9 mètres de portée, réfection à neuf des 2000 m² de toitures, réparation de la voûte de la chapelle, remplacement des plafonds à la Française, des parquets, des menuiseries extérieures.

 

 

L'atelier d'ébénisterie est installé dans les anciennes écuries, deux gîtes sont aménagés dans l'ancien corps de ferme, la salle des malades et la chapelle sont restaurées pour recevoir fêtes et manifestations culturelles. Peu à peu Notre-Dame de Lorette reprend vie, non sans une certaine continuité avec sa vocation initiale

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