Vierge Noire |
Une légende rapporte qu'au Moyen-âge, un paysan labourait son champ à Alan lorsqu'il vit tout à coup ses boeufs s'agenouiller et refuser d'avancer. Saisi d'étonnement, il aperçut au fond du sillon une statue de la vierge. |
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Les voisins prévinrent aussitôt le clergé et les habitants des environs qui accoururent sur les lieux, et recueillirent la statue que l'on baptisa du nom de "Vierge Noire". La communauté d'Alan acheta bientôt le terrain pour y édifier une Montjoie, petite construction destinée à exposer la vierge noire et recueillir des offrandes. Elle devint vite l'objet de dévotions et de pèlerinages. Les nombreuses offrandes qui permirent vers 1140 d'édifier une chapelle. Deux siècles plus tard on la nomma « Notre-Dame de Lorette ». |
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| La légende de Notre-Dame de Lorette |
| Pourquoi un hôpital en pleine campagne ? |
Aujourd'hui
l'hôpital de Lorette paraît bien isolé en pleine nature. S'agissait-il de
mettre à l'écart les malades de la peste ou de protéger les
populations de maladies contagieuses ? |
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C'est
tout le contraire !L'hôpital de
la Charité Notre-Dame
de Lorette a été fondé en 1734 par Gabriel Olivier de Lubières du Bouchet,
évêque de Saint Bertrand de Comminges. Dans le projet fondateur, il est bien
spécifié que doivent y être soignés et secourus les malades pauvres des
localités avoisinantes, les mendiants, les vagabonds, exempts de maladies
contagieuses. A l'époque plus de huit français sur dix habitent la
campagne, sans moyens de transports, les plateaux techniques de la médecine et
de la chirurgie sont inexistants. C'est dans ce contexte qu'une ordonnance
royale du 12 septembre 1724 avait prescrit la création de petits hôpitaux en
milieu rural pour soigner les populations au plus près de leur lieu d'habitation. L'hôpital Notre-Dame de Lorette peut
être considéré comme l'un des vétérans de la première politique hospitalière
française. |
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| Les frères hospitaliers Saint Jean de Dieu |
Originaire de Grenade en Espagne, Jean
de Dieu (1495-1550) consacre sa vie à l'accueil et au soin des malades,
après avoir été lui-même interné et malmené en hôpital psychiatrique. En créant
pour la première fois dans l'histoire de la médecine des unités hospitalières
en fonction des pathologies, il est l'initiateur de l'hôpital moderne. Mais
c'est aussi la dimension sociale de l'hospitalité qui caractérise son
engagement, puis inspire l'ordre religieux des frères hospitaliers de Saint
Jean de Dieu. Il va lui-même chercher dans les rues de Grenade les sans logis
trop misérables pour être accueillis dans les autres hôpitaux. On l'appelle "le pauvre des pauvres". |
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St Jean de Dieu
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L'ordre de Saint Jean de Dieu se
développe d'abord en Espagne et en Italie où il compte 236 hôpitaux en 1650,
puis essaime un peu partout dans le monde. En France à la veille de la
révolution, il compte 27 asiles et hôpitaux dont Notre-Dame de Lorette à Alan,
et 40 établissements de soins. Souvent chirurgiens, accordant une large place
aux soins par les plantes et aux bienfaits de la musique dans le processus de
guérison, leur qualification plutôt exceptionnelle au XVIIIè siècle, est
reconnue et respectée au-delà du cercle médical. Voltaire leur a même
épargné
ses sarcasmes moqueurs en les qualifiant de « seuls moines utiles ». |
| Comment fonctionnait l'hôpital ? |
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C'est tout naturellement aux frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu de la Charité que l'évêque
fondateur confie la responsabilité de l'hôpital Notre-Dame de Lorette. Ils sont
au nombre de cinq, dont un prieur, un infirmier, un apothicaire, un dépensier,
chirurgiens de formation assistés de cinq domestiques. |
Seuls les malades hommes sont admis dans l'hôpital, les femmes n'y seront acceptées qu'après la révolution lorsque la commune d'Alan en devient propriétaire. Combien de malades ? Probablement autour d'une trentaine, mais ce chiffre incertain masque une grande part de la réalité. Les médecins de Lorette se déplacent quatre lieues à la ronde pour soigner à domicile. Les mendiants vagabonds viennent y chercher des repas qui leur sont distribués au travers d'une trappe du portail d'entrée. Enfin les convalescents sont embauchés aux travaux de la ferme pour payer leur séjour de soins en même temps que pour parfaire leur guérison. Cela fait au total beaucoup de monde pour un hôpital dont le « secteur » s'étend sur 40 communes. |
Deux rangées de lits alignés sur les côtés d'une grande salle commune, une large porte communicant avec la chapelle : |
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c'est la configuration traditionnelle des hôpitaux de l'époque, telle qu'elle existe aux hospices de Beaune, à l'Hôtel-dieu de Toulouse ou dans nombre d'autres hôpitaux. On ouvre grand la porte, cela permet aux
malades d'assister à la messe de leur lit lorsqu'ils ne peuvent pas se lever. A
chaque lit est affecté un bassin à cracher, une tasse, une cuillère, une
écuelle, un petit plat, le tout en étain. |
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| Une problématique très contemporaine |
Monseigneur
Olivier Gabriel de Lubières du Bouchet... enfant de Don Quichotte ? Fondé
par acte
notarial en date du 10 novembre 1734 « pour les pauvres
malades qui souffrent » par le « seigneur évêque pénétré du triste
état de ces pauvres malheureux et ému de compassion sur leur misère »,
l'hôpital Notre-Dame de Lorette est une réponse compassionnelle de l'époque à
la détresse sociale. |
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Remplacez les mots mendier par faire la manche, vagabond par SDF, pauvre par Rmiste, soins aux miséreux par service des urgences, assistance par SAMU social, hospitalité par médicalisation de l'exclusion sociale, charité par bénévolat, bienfaisance par CMU, bonnes oeuvres par ONG. Les mots ont changé, l'exclusion et la misère sociale sont restées. Le changement des mots traduit surtout une évolution dans l'approche de la misère sociale : au registre de la compassion pour les pauvres du XVIIIè siècle, se substitue aujourd'hui la revendication légitime des droits pour les déshérités. |
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| Histoire d'un abandon |
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Comme la plupart des petits hôpitaux ruraux,
Notre-Dame de Lorette est progressivement devenu un hospice pour vieillards au
cours du XIXè siècle. Il reçoit cependant des blessés de la guerre de 14-18 qui
sont les derniers malades soignés avant la fermeture de l'hôpital en 1925. Une
villageoise d'Alan se souvient que l'instituteur avait emmené toute sa classe
« voir des noirs » en convalescence à l'hôpital. |
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Pendant
la guerre de 39-45 il honore sa tradition d'hospitalité en hébergeant des
réfugiés alsaciens ainsi que quelques enfants de familles juives toulousaines et
de résistants recherchés par la police allemande. Les bâtiments manquaient d'entretien depuis
le début du siècle. Au sortir de la guerre
en 1945, ils se trouvent déjà très détériorés, du fait notamment de toitures en
bien mauvais état. Le
bâtiment ouvert à tous vents, envahi par la végétation, est alors livré à
l'abandon et au pillage. |
Notre
Dame de Lorette en 1985 |
| Un chantier de reconstruction |
Lorsque Christophe FERRY, artisan ébéniste, acquiert les bâtiments en 1985, certaines parties sont déjà écroulées. Il faut d'urgence entreprendre d'importants travaux pour stopper l'évolution des dégats. Les murs fragilisés sont réparés, les charpentes menaçant de s'écrouler sont démontées. |
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Vient ensuite le chantier au long cours qui se déroule sur 20 ans : changement d'une grande partie des charpentes dont 20 poutres de 9 mètres de portée, réfection à neuf des 2000 m² de toitures,réparation de la voûte de la chapelle, remplacement des plafonds à la Française, des parquets, des menuiseries extérieures. |
L'atelier d'ébénisterie est installé
dans les anciennes écuries, deux gîtes sont aménagés dans l'ancien corps de
ferme, la salle des malades et la chapelle sont restaurées pour recevoir fêtes
et manifestations culturelles. Peu à peu Notre-Dame de Lorette reprend vie, non
sans une certaine continuité avec sa vocation initiale d'hospitalité et d'ouverture sur le monde extérieur. |